Les Horizons Ocres

Les Horizons Ocres
Que ce passe-t-il lorsque la fiction prend la place de la réalité ?

Vous, dont les cauchemars ne sont fait que de vampires, de loups-garous et autres monstres sanguinaires, que feriez-vous si un jour vous découvriez que toutes ces légendes existent réellement ?

Elles l'ont découvert ...


Courez, oh minuscules humains !
Prenez garde à la fureur des êtres de la nuit,
La colère des Immortels est plus grande que jamais ...
Sauvez vous, pauvres mortels, pendant qu'il est encore temps !!!


Mais, pourquoi s'enfuir lorsque le démon est en fait un ange ?


Elle et Lui ont été fascinés,
Elle et Lui ont été tentés,
Elle et Lui ont hésité,
Elle et Lui ont tout révélé ...


C'est au tour de Lily et Mie de s'aventurer dans l'univers des vampires ...



Trailer des Horizons Ocres

# Posté le dimanche 18 janvier 2009 10:39

Modifié le vendredi 12 juin 2009 13:13

My British Dream

My British Dream
Lily

Les départs donnent souvent l'illusion d'une renaissance.
[Jacques Languirand]


"J'avais toujours cru en une seule réalité. Celle de Maupassant, de Flaubert. Une réalité dessinée par le capitalisme de Marx et d'Engels, l'épicurisme et le monothéisme. Il aura fallut que je le rencontre pour que toute mon existence soit remise en cause. Que le fondement même de mon être soit altéré".
*******
J'accomplissais enfin mon rêve. Je me rendais en Angleterre. Cette Terre qui avait enfanté mon père. Une Terre que je n'avais jamais pu voir. J'allais enfin pouvoir contempler le Blehim Palace chéri, la Tamise dont mon père me narrait la beauté. Et peut-être même qu'à travers ses pavés gris sur lesquels il avait médité, je pourrais sentir l'illusion de sa présence.
J'adorais mon père. Il était le seul homme que j'aurais pu aimer. Cultivé, aimant, tendre. Il était cruel que j'eusse passé tant de temps à ses côtés, sans jamais me délecter de ses instants. Je pensais avoir le temps. Et alors l'injuste vie me l'avait ravit. Mon père avait été assassiné trois ans auparavant. Les enquêtes n'avaient rien mené. De simples voyous. Des voyous qui à quinze ans m'avait privé d'un père, De mon mentor, de mon ami, me forçant à voir le monde d'une nouvelle manière.
Je me rendais aux confins de mes origines. A la recherche de mon passé pour construire mon avenir.
J'avais su quelques mois plus tôt, que j'avais été admise à la faculté d'histoire de la Oxford University, l'une des plus prestigieuses écoles de notre époque. Depuis l'enfance, j'avais souhaité être historienne. Une passion héritée de mon archéologue de père. Un homme bon et doué.
Je l'aidais souvent pour ses fouilles, y apprenant quelques ficelles du métier que je pratiquerais plus tard. Ma mère s'était bien sûr opposée à ce projet. Elle était bien trop visionnaire. Pour elle, le passé n'avait pas grande importance. Etant un médecin légiste reconnu, Adrianna Williams se faisait un point d'honneur à ne considérer que l'avenir. Peut-être était-ce pour cela qu'elle s'était si vite remise de la mort de Papa. Depuis ce drame, je n'avais jamais plus considéré ma mère comme mère. Elle était juste l'immonde personne m'ayant mise au monde. Et tout avait changé. J'avais tout fait pour m'éloigner d'elle et de son influence. J'ai tout fait pour fuir l'être qu'elle était. Laissant mon frère dans ses filets. Des filets qu'il trouvait tout à fait apaisant. Caleb était mon aîné de deux ou trois années. Etudiant en faculté de droit à Harvard, il avait construit une vie. Il s'était reconstruit. Peut-être était-ce mon problème...Je n'avais jamais su me reconstruire. J'avais toujours été bien trop constante.
Je m'envolais donc en Angleterre, chez ma Grand-mère. La seule qui pensait encore vraiment à mon feu père. La seule qui le considérait vraiment. J'allais prendre un nouveau départ, vivre une nouvelle vie. Me complaire dans un nouveau monde. J'étais persuadée qu'en retrouvant cette Terre, je reverrais mon père et je saurais enfin qui être et comment l'être. Ma mère étant mexicaine, j'avais l'impression de ne vivre qu'une histoire avec mon père. Une histoire à travers les mondes.
Dans mon aventure, je ne serais pas seule. Mie, ma cousine, ma meilleure amie, la seule âme que je pouvais encore respecter m'accompagnerait. Nous prenions toutes les deux un nouveau départ car elle comme moi avions souffert ces dernières années, elle comme moi avions besoin d'autres choses. De visiter de nouveaux horizons. Plus harmonieux, plus lumineux. Ces Horizons ocre.
Et peut-être saurions-nous nous trouver ?
De quoi notre lendemain serait fait ? C'était cette aventure que j'avais toujours souhaité. Ne jamais à me soucier de mes gestes, de mes mots. Etre une inconnue...La marginalisée. La personne qui se foutrait de tout et de tout le monde. Je n'aurais de compte à ne rendre à personne. Je serais Moi pour la première fois de ma vie. Je regarderais le ciel avec espoir et je sourirais à l'avenir. Je voulais y croire comme certains croyaient en ces fous nuages.
Je vivrais au rythme du Carpe Diem d'Horace.
Je vivrais « My British Dream ».

# Posté le dimanche 25 janvier 2009 17:22

Modifié le dimanche 25 janvier 2009 17:39

Do you realize ?

Do you realize ?
Mie

Les hommes doivent souffrir leur départ comme leur venue ici-bas ; le tout est d'être prêt.
[William Shakespeare]




Adieu Adolescence ! Tu avais fait de ma vie une pure chimère ...
Bonjour à toi, Maturité ! Je t'accueille cependant avec regrets ...

Nous y voilà. Un nouveau départ pour une nouvelle vie, qui je l'espère grandement, sera meilleure que la précédente. Je me souviens encore des quelques phrases d'un certain Tolkien, qui disaient « La route se poursuit sans fin, descendant de la porte où elle commença maintenant, loin en avant, la route s'étire et je dois la suivre, si je le puis, la parcourant d'un pied avide, jusqu'à ce qu'elle rejoigne quelque voie plus grande où se joignent maints chemins et maintes courses. Et vers quel lieu, alors ? Je ne saurais le dire ». La seule chose que je savais était que tout en moi voulait renier mon passé. Qui avait dit que l'Amérique était le plus beau continent du monde ? Il n'en est rien ... la personne qui avait osé dire pareille stupidité devait être folle, ou ne rien connaître de la vie à Seattle. Elle se résume en un mot : monstruosité. L'histoire de James Williams en est un bel exemple. Il était mon oncle chéri, le frère de ma chère mère juvénile, une certaine Laureline Flitcher. Et par-dessus tout, le père de ma cousine, ma s½ur de c½ur, ma Lily. Elle va enfin accomplir son plus grand rêve : habiter la majestueuse Angleterre, berceau de notre famille. Je savais que tôt ou tard, sa vie la mènerait jusqu'ici, sur les traces de son défunt père. Et je serais à ses côtés, moi, sa fidèle Mie, tout au long de ce voyage. Et quel voyage ! Notre traversée de l'Atlantique doit nous mener à un grand tournent de notre existence : l'Université ... Et pas n'importe laquelle, la prestigieuse Université d'Oxford. Notre pauvre monotonie de lycéenne va devenir une vie trépidante d'étudiante, et pour ma part, celle d'étudiante en médecine ! Grand-mère est plus qu'enchantée de nous accueillir chez elle. Tant d'années ont passé sans la voir ... La fois dernière, la gaieté n'était pas au rendez-vous. La tristesse et la douleur de la perte ravalant toute joie. Nous sommes désormais considérées comme de jeunes adultes, pleinement responsables de leurs actes et de leurs décisions. Plus aucun compte à rendre, et en premier à nos mères, qui en ce moment même, doivent-être sur une quelconque plage hispanique. L'inévitable crise de la quarantaine les avait mené jusqu'en Espagne, pour y retrouver une seconde jeunesse. Elles sont aussi proches l'une de l'autre que Lily et moi. Seulement, ma s½ur de c½ur et sa « génitrice » comme elle l'aime à l'appeler, ne sont pas en si bon terme. J'essaye tant bien que mal de lui donner de ses nouvelles par le biais de ma mère, mais elle reste sourde à mes appels. Seul son frère peut se vanter de représenter sa famille.

Quant à mon père, je le vois de moins en moins depuis son mariage avec cette Gloria. Son nez a le mérite d'être aussi véritable que ses immondes queues blondes, que l'on appelle plus communément cheveux ... Je ne sais par quelle bizarrerie elle aime porter cette coiffure, elle qui est pourtant dans ce métier ... Seulement, je me dois de faire bonne figure pour mon père. Mais le simple fait de savoir que cette Barbie porte le même nom de famille que moi me rend complètement chèvre ! Le jour où je serais médecin, je ne me priverais pas de lui faire remarquer à quel point le plastique de son nez, car appelons cela comme ce doit être : son nez semble fait de plastique ; est tout bonnement abominable ! Mais Christopher m'en voudrait. Alors je me tais. J'aime énormément mon père et en aucun cas je ne voudrais le faire souffrir. Il semblait être de nouveau heureux. Chose qui n'était pas arrivé depuis le divorce. Il est celui qui avait enduré le plus chose. Je me dois donc de la tolérer auprès de lui ... Qui est-elle pour moi, après tout ? Pas grand-chose. On ne m'a pas demandé de l'aimer.

Oxford, et par conséquent ma nouvelle vie sont en vue. Ma vie d'américaine se termine ainsi. Je pouvais entendre le son mélodieux des Beatles, et le rire magique de Charlie Chaplin pour me souhaiter la bienvenue au Royaume-Unis. Il est mon rêve d'évasions, mon rêve britannique ...

Welcome Emilie! England is your country now. Beyond these foolish clouds, your life could be better.

# Posté le dimanche 01 février 2009 10:15

Souviens-toi de moi

Souviens-toi de moi
Lily

Rien n'est plus vivant qu'un souvenir.
[Federico Garcia Lorca]


Les rayons du soleil me firent sortir de ma rêverie. C'était étrange, j'avais rêvé de mon père. Comme s'il m'encourageait dans cette nouvelle aventure. Jetant un coup d'½il par le hublot, je vis quelques surfaces de terre, encore indiscernables...Des champs, quelques habitations...Nous n'étions plus très loin.
_Bien dormi ?
Je me tournai vers Mie, absorbée par son journal. Il s'agissait de son bien le plus précieux. Avec le divorce de ses parents, l'écriture lui fut d'une grande aide. J'aurais aimé lui apporter un plus grand réconfort. Parfois, je me sentais si impuissante face à sa douleur. Mais Mie était très courageuse, et il était très rare de ne pas la voir sourire. Sourire pour dissimuler ses larmes. Si forte. Contrairement à moi. J'avais toujours eu l'impression d'être d'une faiblesse indescriptible. Peut-être était-cela que me reprochait le plus ma mère ?
_Oui, si on veut.
Elle dégageait d'un geste impatient, une de ses longues mèches brunes. Mie était vraiment belle. Simplement belle sans aucun artifice. Elle ressemblait physiquement à sa mère. Bien que leurs personnalités soient à l'exacte l'opposé l'un de l'autre. Etrange l'hérédité. D'un côté nous pouvions paraître similaires, de l'autre des étrangères.
_Quand arrivons-nous ? M'enquis-je.
Les avions m'épuisaient surtout les longs courriers. De plus l'excitation rendait l'attente moins docile. Je souhaitais retrouver la terre de mon père. Je souhaitais tout découvrir. Mieux le comprendre, le connaître. Je souhaitais que ma nouvelle vie rejoigne son ancienne existence.
_Selon eux, nous entamons notre descente.
Enfin. Comment se passerait notre nouvelle existence ? Que se passerait-il ? Qu'adviendrait-il de nous ? Elle ferma son journal, le rangea dans son sac avant de me sourire. Ses yeux bruns pétillaient. Elle espérait une meilleure vie, une vie où nos rêves auraient leur place. Où nous serions aussi indépendantes que nous l'avions toujours été.
_Nous y sommes murmura-t-elle.
J'opinai avant de reporter mon attention sur l'hublot. Les terres étaient bien plus discernables. Et quelques habitations nous étaient visibles. Si minuscules à cette hauteur. Les nuages nous bercèrent comme pour nous saluer. Oxford nous accueillait par une éblouissante matinée. Un soleil rayonnant. Le temps était si incertain en ces lieux, particulièrement pluvieux par moment. Mais l'ordre naturel des choses avait modifié leur engagement pour notre arrivée. J'aimais la nature, les astres. Tout ce que la divinité nous avait permit de connaître. J'appréciais le souffle du vent, percevant toute la mélodie qu'il y mettait. Je flirtais avec la Lune avant de m'endormir dans les bras de Morphée. Et tout cela avec une niaiserie qui amusait Mie.
_Nous y sommes répétais-je dans un souffle.
Et le silence nous unit. Nous savions toutes deux ce que pensait l'autre. A quoi aspirait l'autre. Nous étions comme les deux moitiés d'un tout, aussi proches que différentes. Aussi liés qu'indépendantes. Sans elle, je ne serais que le quart de ce que j'étais. Et je pensais en être de même pour elle.
La terre se rapprochait à une vitesse folle, et de plus clairs paysages se dessinèrent. Un relief, un horizon. Puis nous entrâmes en contact avec le bitume dans un fracas assez assourdissant mais je n'entendais déjà plus rien. C'était comme si mes membres s'étaient figés, comme si tout mon corps accordait à mes yeux un moment pour saisir l'inévitable réalité. J'étais à Oxford. J'étais là où j'aurais toujours du être. Un sourire s'éprit de mes lèvres, intenable. Un sourire attendri. C'était si beau. L'aéroport me paraissait beau, en étais-je arrivée à de telles niaiseries ? Un rire m'échappa.
_Deviendrais-tu folle Cousine ?
Mon hilarité augmenta alors que j'opinai vivement. Elle me joignit, et je crus sentir le regard de tous les passagers sur nous. Mais peu nous importait, l'avion aurait pu s'écraser nous ne l'aurions même pas remarqué.
_Tu me rassures, j'ai cru être la seule s'exclama-t-elle.
_A nous deux, nous saurons combattre la folie répliquai-je.
_Entre nous, sans folie, que ferions-nous là ?
Elle marquait un point. Sans folie, nous serions toujours dans notre cage dorée en train de supplier le temps de nous achever. Sans folie, nous ne serions jamais rebellées. Nous n'aurions jamais réalisé notre rêve. C'était cette insensée folie qui nous avait permit de vivre, d'être ambitieuse, audacieuse. D'être nous.
oOo

Une voiture nous attendait à la sortie de l'aéroport. Une Mercedes d'un noir d'encre. Une femme d'un âge avancé en descendit. Ses longs cheveux blancs étaient retenus en une longue natte tombant sur son dos. Légèrement plus courte que moi, elle s'était emmitouflée dans un manteau la rendant encore plus minuscule. Ses traits me frappèrent tant ils m'étaient familiers. Ils s'agissaient de ceux de Mie, de Tante Laureline mais surtout ceux de Papa. Et c'était avec une douleur doublée d'un ravissement que je les contemplais. Je ne l'avais pas vu depuis une dizaine d'année. Et elle n'avait pas changé. Si ce n'était ces rides un peu trop nombreuses. Elle avait ses mêmes yeux vert émeraude que je pouvais retrouver sur mon propre visage. Une teinte héritée de Papa. Elle nous sourit et de suite son visage s'illumina. Dix ans. Dix ans sans la voir. Quelle torture ! Elle nous prit simultanément dans ses bras, et je m'enivrais de son odeur. Elle m'avait tant manqué. Cette odeur...Si particulière. Si elle. Je dus faire appel à toute ma volonté pour ne pas craquer. Sa chaleur, sa jovialité. Comment avais-je pu m'en passer ? Elle nous relâcha, nous contemplant tour à tour. Elle nous trouvait trop maigres, épuisées. Mie ne put s'empêcher de rire et je la suivis. Nous pénétrâmes à l'arrière du véhicule, en route pour notre nouveau domicile. Je vis alors avec émerveillement Oxford défiler sous mes yeux. Ses maisons en brique, ses routes, ses taxis...Pourquoi devait-elle être si passionnante ? Si fascinante. Les gens, leurs vêtements, le melting-pot. Tout cela était si typiquement britannique. Etait si typiquement eux. Je les enviais. J'enviais leur tolérance, leur savoir-vivre, leur courtoisie. J'enviais leur réputation, l'envie qu'ils inspiraient. J'enviais leurs coutumes. J'enviais l'essence même de leur existence. Et savoir que j'étais dès à présent assimiler à eux me combla de joie. J'appartenais à leur monde.
_Vous allez énormément vous plaire ici s'exclama Grand-mère.
_Je n'en doute pas reprit Mie.
Et je perçus dans sa voix, l'émerveillement dont j'étais victime. Non, je n'en doutais vraiment pas. Si mon père l'avait aimé, j'allais l'adorer. Je pouvais l'imaginer contourner ce feu, souriant à quelques jeunes Oxfordiennes. Il m'avait un jour révélé, avoir été Dom Juan. Selon lui, une période qu'il regrettait. Il aurait aimé avoir plus de respect envers les femmes, moins envers les hommes. Ma mère en riait allègrement, le trouvant très sévère avec la gente masculine, se demandant s'il ne s'était pas travesti. Il lui répondait que si avant de la prendre dans ses bras, et de l'embrasser tendrement. Et c'était toujours à cet instant où je détournais les yeux, ébahie par leur profond amour mutuel. Ils s'aimaient. Ils n'avaient jamais cessé de s'aimer. Et puis, il s'en était allé. Et tout avait changé. Et pourtant il demeurait toujours près de moi.
«_Lily, ne fais jamais confiance aux hommes. Ceux sont de grands baratineurs avait-il déclaré.
Avec étonnement, je relevai les yeux de mon bouquin et le contemplai assis près de la cheminée.
_Pourquoi me dis-tu cela ?
_Parce que j'ai un horrible pressentiment.
J'avais écarquillé les yeux, paniquée avant qu'il n'éclate de rire. Si seulement il avait su combien il avait raison ce jour-là »


Nous nous arrêtâmes devant une grande bâtisse de marbre blanc. Haute, ancienne. Si accueillante. Descendant de la voiture, je poussai la grille de fer, m'engageant dans l'allée. Un jardin entourait la magnifique construction. Un jardin où enfants Mie et moi courions. Je me souvenais même m'être blessée près du chêne. Mie avait alors tenté de me porter jusqu'à la maison. J'avais été si lourde pour elle. J'aperçus au loin la balançoire et retins un gémissement. Papa me poussait chaque soir dessus. Il...Il disait m'apprendre à voler. Et je croyais aveuglément. Je le revoyais tout sourire m'attendre à la même heure, au même endroit. Je le revoyais, faussement sévère, me réprimander d'être en avance. Je sentis la main de Mie sur mon épaule. Son regard inquisiteur me toucha.
_Je vais bien murmurai-je. Ceux ne sont que des souvenirs.
Je gravis le perron, m'arrachant à la contemplation de mon passé. Je vis un rocking-chair près de l'entrée. C'était là où grand-père passait le plus clair de son temps. Il était mort, il y a bien longtemps. Papa avait eu très mal. Cela avait été la première moi que je l'avais vu pleuré. Il avait été atteint de la maladie du Crohn. La vie devait-elle toujours nous retirer ce que nous aimions un à un ? Mie caressa du bout des doigts le rocking-chair. Elle avait eu beaucoup de mal à s'en remettre. Beaucoup de mal à accepter le fait qu'elle ne le reverrait jamais. Ils restaient longtemps tous les deux, enlacés sur l'objet. Je l'avais tant jalousé. Je pensais qu'il m'aimait moins qu'elle. Que j'avais été stupide. Le vestibule suintait d'une odeur familière. Du bois. Le parquet luisait sous mes pieds, et je retins un sourire au souvenir de Tante Laureline nous hurlant de faire attention au parquet de Mamie. Je déposai mon manteau sur le porte-manteau, et suivis Mie. Le salon si clair nous accueillit. Le divan couvert de coussins était placé devant la table basse. Combien de fois ne nous étions pas endormis Mie et moi sur ce vieux divan, vidées de notre journée de jeu ? Je me souvenais parfaitement de la haute fenêtre, éclairant le salon. Ses rideaux en voile, jaunie par le temps m'avaient toujours amusée. Allez savoir pourquoi. Des cadres ornaient le dessus de la cheminée. Papa et moi, Tante Laureline et Papa, Mie et Grand-père, Mie et Moi. Mais aussi la bonne vieille pendule qui indiquait toujours Minuit ou Midi. Nous n'avions jamais su. Mais Grand-mère n'avait jamais souhaité la changer. C'était un bien de Grand-père. Je m'éloignai de la cheminée et caressai la tapisserie qui ornait le mur. L'escalier en bois d'ébène me salua. Déposant ma main sur la rambarde, je gravis les marches de ma jeunesse. Plus jeune, Mie et moi jouions à dégringoler les marches. Mon coccyx en avait énormément souffert. A l'unique étage, je traversais le couloir. Là encore des photos de famille s'étendaient. Des premiers membres de la lignée des Williams à nos jours. Nous étions les uniques descendances de cette riche lignée. Papa m'avait un jour raconté l'histoire de notre famille. Nous étions célèbres dans tout l'Oxford. Mais je ne me souvenais plus la raison de cette glorification, peut-être Grand-mère consentirait à m'éclairer ? Papy avait eu l'Ordre de l'Empire britannique au grade de commandeur.
«_ Papa a fait beaucoup de choses même s'il les nie m'avait révélé Papa ».
Je caressai du bout des doigts, la photo de Papy, l'Ordre entre ses doigts. Son sourire me rappelait celui de Mie. Je souris avant de me rendre dans ce qui serait ma chambre. En ces lieux, mon père s'était de nombreuses fois endormis, de nombreuses confiés. Son odeur y demeurait légèrement ou peut-être n'était-ce que mon imagination assez débordante à son sujet. Un lit à baldaquin trônait contre un des murs beige de la pièce, des draps émeraude le recouvrant. Cela jurant parfaitement avec le parquet façonné à partir du bois de Mélèze. La haute fenêtre était dissimulée derrière un rideau de voilage brun. Si léger, sous le joug du vent. Une enclave permettait de s'installer près de la fenêtre, drapée par le manteau de la nuit. Une nouvelle fois, l'image de mon père s'imposa à moi. Je le voyais écrire près de la fenêtre, profitant d'une brise d'été passagère. Un bureau faisait face au lit. Du même bois que le parquet, il était surmonté d'une bibliothèque, vide. Grand-mère avait rangé toutes les affaires de Papa, comme elle l'avait fait pour son époux. Et nous les avaient envoyés. Elle souhaitait juste que nous possédions tous les biens de Papa. Attention charmante. Cette rangée accueillerait mes livres. J'espérais être à la hauteur de son prédécesseur. Je me tournai vers le dernier meuble de la chambre. Son armoire. L'ouvrant doucement, je vis que tout avait été vidé...Tout hormis une petite boîte sur la dernière étagère. Une boîte en carton avec inscrit en caractères gras « James ». Surprise, et ma curiosité titillée me fit me saisir de la boîte et m'installait sur le lit. Moelleux...Si tentant. Je soufflais sur le dessus de la boîte, diminuant la poussière qui y siégeait. Je l'ouvris avec une telle précaution avant de déposer le couvercle près de moi. Elle contenait un petit carnet, quelques photos et une montre à gousset en or. Je me saisis des quelques photos. Seules des inconnus s'y dessinaient. Mon père apparaissait dans quelques unes. Si heureux...Si beau. Si jeune. Je préférais les mettre de côté. Le petit carnet avait une couverture en cuire. Ouvrant une page au hasard, je compris qu'il s'agissait d'un recueil de pensées. Les pensées de mon père.

« 13 Avril 1989,

Thomas Jefferson disait qu'une « Lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpation tendant invariablement au même but marque le dessin de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit et de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes à leur sécurité future ». Il est temps que nous nous rebellions. Anglais ou Allemand. Nous étions frères. Nous devions nous battre pour abattre ce mur. Robert pense partir pour l'Allemagne dans la semaine. J'aimerais le suivre mais Adrianna s'y refuse. Elle a bien trop peur de ce qui pourrait m'arriver. Comment faire ? Ecouter ma raison ou suivre mon c½ur ? »


Un révolutionnaire...Je n'en étais point surprise. Papa avait toujours été quelqu'un de borné à l'esprit si contradictoire. Un esprit dont j'avais hérité. Je caressai la couverture. J'avais tout le temps pour m'imprégner de ses pages. De son écriture. Je serrai le carnet contre mon c½ur, heureuse de retrouver son existence. C'était exactement ce que je recherchais en revenant en ces lieux. Je me couchais sur mon lit, me drapant de son drap, serrant son carnet et tenant, fermement dans mon poing, sa montre. Je l'ouvris. Elle s'était arrêtée à deux heures trente. Quand avait-il pour la dernière fois remonté cette montre ? Je souris, la refermant et la serrant contre moi.
_Papa...Je suis ravie de te revoir. Tu m'as manqué le sais-tu ?
Une larme longea ma joue, caressa mon menton. Oh oui ! Il me manquait. Sans lui, je me sentais si perdue. Si...minuscule dans cette roue qu'était la vie. Elle tournait si vite mais moi j'avais du mal à la suivre. J'avais juste besoin d'aide. Son aide.

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Bonsoir,

Je voulais juste m'excuser. Le retard de cette histoire fut occasionné par moi. Mon manque de temps a porté préjudice au déroulement de cette histoire. A l'avenir, je me rattraperai

Amicalement

Elyanne

# Posté le lundi 16 février 2009 01:28

Modifié le samedi 07 mars 2009 20:17

Et tout commença ainsi

Et tout commença ainsi
Mie

Les hommes se souviennent davantage des injures subies que des bienfaits reçus.
[François Guichardin]





Je fermai alors mon journal intime, heureuse d'avoir réussi à mettre mes pensées sur feuille. La cité d'Oxford s'offrait déjà à nous, tandis que l'avion débutait son atterrissage. Alors que je sentais l'excitation monter chez une Lily quelque peu endormie, je me mis à feuilleter ces pages gribouillées, retraçant les quelques bribes d'une vie difficile.
J'avais commencé mon journal le lendemain de l'annonce du divorce de mes parents. J'y avais retranscrit mes peurs, mes déceptions, mes souffrances. Tout y était. Le sentiment de douche froide lorsque ma mère me regarda dans les yeux en prononçant cette horrible phrase : « Nous allons divorcer », avec pour seul soutien le teint livide de mon père à l'autre bout de la pièce ; le malaise qui survient les jours suivants entre mes parents ; la tristesse en découvrant pour la première fois mon père allongé sur le canapé en plein milieu de la nuit. La déchéance d'une famille qui provoqua en moi un trou noir ouvert à jamais.
J'admirais mes parents. Leur histoire d'amour semblait être sortie d'un film à l'eau de rose. L'élève tombe éperdument amoureuse de son professeur de langues. Les regards ne trompent pas, ils s'aiment l'un l'autre mais leur différence d'âge les sépare. A la fin ils arrivent à surmonter les difficultés et décident de montrer leur amour au grand jour. Moral de l'histoire ? L'amour peut surmonter tous les obstacles. Seulement le film s'arrête ici. On ne sait jamais s'ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Je crois qu'ils ne veulent pas montrer la triste réalité qu'attendent ces couples utopistes : un mot, destruction.
J'avais appris à grandir avec, en devenant spectatrice de leur nouvelle vie, sans pouvoir m'interposer dans leur choix. Ma mère voulait revivre sa jeunesse volée par mon père. Elle était devenue une mère enfant, ne se souciant plus que de ses propres intérêts. Mon père avait rencontré Gloria un an après la proclamation du divorce. Au départ il essayait de cacher cette relation, voulant me protéger, mais cette histoire devenait de plus en plus sérieuse, jusqu'à ce qu'il m'annonce la triste nouvelle : « Je me marie, Mie. ». Sans commentaire.
Je dégageai d'un geste impatient une de mes mèches. Je n'aimais pas me rappeler cette époque. Le début d'une longue descente aux Enfers.
_Quand arrivons-nous ? S'enquit Lily.
Sa question me fit rire. Bien que le voyage l'ait quelque peu fatigué, son excitation ne désemplissait pas. Elle avait le don de me faire oublier mes soucis. J'avais l'impression que sa seule présence pouvait me faire soulever une montagne. Elle était la s½ur que je n'avais jamais eue. Celle sur qui je pouvais me reposer. Ma cousine, ma Lily.
_Selon eux, nous entamons notre descente.
Son regard se concentra alors sur le hublot, lui offrant un aperçu de ce que notre vie allait être. Ces terres représentaient tout pour elle, le rêve d'une vie brisée, qu'elle aurait aimé partager avec son père. Elle allait pouvoir avancer. Devenir. Je sais que j'en ferais de même. Je rangeai alors mon journal dans mon sac, avant de murmurer.
_Nous y sommes.
_Nous y sommes, affirma-t-elle.
Je m'approchai du hublot, voulant contempler les quelques mètres qui nous séparaient de notre rêve. Nous traversâmes les nuages cotonneux, et une vision enchanteresse s'imposa à nos yeux. Là voilà, Oxford, cette cité qui allait devenir notre. Je nous imaginais déjà, arpentant ces pavés remplis d'histoire, passant sous le Bridge of Sights du Collège Hertford. Nous allions y créer nos souvenirs, se faire de nouvelles connaissances, devenir une autre. Cette autre qui nous semblait si irréelle lorsque nous étions encore à Seattle.
Alors que l'avions rentra en contact avec le bitume dans un bruit assourdissant, je sentais mon passé s'envoler, devenir flou, retenu par ces nuages protecteurs. Je me sentais plus légère, comme si je flottais. Le poids du passé pesait bien lourd sur mes épaules. Alors que je laissais libre court à mon esprit, le doux rire de Lily laissa filer mes pensées.
_Deviendrais-tu folle Cousine ? Lui demandais-je
Elle opina vivement avant de me joindre à son hilarité ! Nous étions folles oui, mais folles de joie !
_Tu me rassures, j'ai cru être la seule m'exclamai-je.
Cet élan de joie me rendait complètement démente ! Il me tardait de montrer au monde entier le bonheur que je tenais au creux de mes mains. L'envie de sauter, de crier combien j'aimais cette nouvelle liberté !
_A nous deux, nous saurons combattre la folie, répliqua-t-elle.
_Entre nous, sans folie, que ferions nous là ?
Son regard pétillant me fit comprendre qu'elle était de mon avis. Son sourire s'allongea, avant de repartir dans un éclat de rire. Qu'il était bon de l'entendre ! Nous avions fait le bon choix. Il me suffisait de regarder Lily pour en avoir la certitude.
oOo

Alors que nous respirions notre première bouffée d'air frais, mon regard se posa sur la personne que je considérais comme ma seconde mère. Notre grand-mère. Shayenne Williams. La matriarche de la famille Williams. Une grand-mère poule à la poigne de fer.
Plus nous nous approchions d'elle, plus mon pas se faisait rapide. Je voulais retrouver ses bras, son odeur, sa voix. Ses yeux remplis de larmes nous détaillaient, avant de nous serrer dans ses bras. La voir ainsi, tremblante, émue, fit tomber mes barrières. J'avais envie de pleurer. De laisser couler tous les sentiments que je gardais enfoui en moi. Je voyais Lily dans le même état que moi. Elle retrouvait en Grand-mère son père. Elle avait les mêmes yeux verts que lui. Couleur dont elle avait hérité. Nous étions elle. Une partie de nous lui appartenait. Le lien du sang est l'un des plus forts qui existe.
Rien ne pouvait lui faire plus plaisir que de nous tenir dans ses bras. Elle nous trouvait bien trop maigre, cependant. Sa remarque nous fit rire ! Grand-mère ne pouvait s'empêcher de nous couver. Elle nous voyait encore comme étant ces petites filles fragiles, qui avaient besoin d'être protégées. Sans doute que nous resterons à jamais ainsi pour elle. Mais nous en avions besoin, Lily et moi, nous avions besoin de se sentir aimer. Malgré tout ce qui a pu se passer ses dernières années, nous avions réussi à recréer ce sentiment de sécurité. Notre relation fusionnelle nous permis de rester loin du monde, de créer une bulle protectrice pour nous empêcher de sombrer. Oxford ne va pas simplement nous donner une nouvelle vie, elle va nous offrir une famille. Un mot que nous avions banni de notre vocabulaire, mais qui allait redevenir une chose courante. A nous trois, nous allions être à nouveau un tout. Enfin.

Le trajet jusqu'à notre nouvelle maison se fit dans le silence. Je laissais Lily découvrir son nouveau pays, ses racines. Ma s½ur de c½ur possédait une longue chevelure brune que j'enviais depuis toute petite, teinte qui se mariait parfaitement avec ses yeux malicieux couleur émeraude, qui brillaient souvent d'une lueur mordorée au soleil. Alors que son regard semblait vouloir atteindre le sommet de l'église devant laquelle nous passions, elle tripotait machinalement une de ces mèches, geste qu'elle répétait assez souvent. Je souris. Rien ne pourrait m'enlever ce sourire de mes lèvres désormais.
_Vous allez énormément vous plaire ici, s'exclama Grand-mère.
_Je n'en doute pas, ajoutais-je.
Ma voix avait déraillé. Mes sentiments étaient mis à mal depuis ce matin. Mais ce n'était pas le moment de pleurer. J'attendrais ce soir, lorsque je serais dans mon lit, seule.
C'est après avoir tourné une dernière fois à droite que nous vîmes enfin la maison blanche tant attendue. Tout était comme dans mes souvenirs. Le portail de fer, que nous avions de nombreuses fois escaladé pour échapper à nos mères. Le sentier qui menait au petit jardin, qui fut plusieurs fois ensanglanté par nos chutes. Je suivis Lily de près. Tous ses souvenirs semblaient revenir d'un coup. Je posai alors une main sur son épaule. Je m'inquiétai pour elle. Je n'aimais pas la voir ainsi malheureuse.
_Je vais bien, murmura-t-elle, ce ne sont que des souvenirs.
J'opinai lentement. Elle avait besoin de passer par là. Je me devais de respecter cela.
Alors qu'elle s'avançait jusqu'au perron, la vue du rocking-chair de Grand-père me frappa. Je n'y avais plus pensé depuis des années. Depuis qu'il était parti pour un autre monde. Je m'approchai doucement de l'objet, et caressa légèrement le bois. Ce contact me glaça le sang. La dernière fois que je l'avais touché, Grand-père était encore en vie. Penser à lui me fait mal à chaque fois. Parler de lui me brise le c½ur. La simple photo de lui me donne envie de pleurer. Son deuil ne se finira jamais. Il était un homme sage, bon et droit. Sa présence m'apaisait. Je l'aimais, tout simplement. J'avais l'impression d'avoir un lien avec lui. Il savait trouver les mots pour me rassurer. Pourquoi est-ce toujours les meilleurs qui s'en vont les premiers ? Liam Williams en tout cas est parti bien trop tôt ... je détachai mon regard de l'objet aimé, et entra la première dans notre maison d'enfance.
L'escalier de bois sombre nous accueillait, et la vue d'Oncle James dévalant la rampe me vint instinctivement, dans un rire tonitruant accompagné des éclats de rire de sa petite Lily. Je tournai la tête vers le salon, et y vis ma tendre cousine. Elle s'imprégnait des souvenirs que lui donnait la vue du mobilier. Ne voulant pas l'interrompre dans sa contemplation, je passais le pas de la cuisine.
Grand-mère avait modernisé la pièce depuis la dernière fois. Un comptoir à l'américaine trônait en son centre, entouré de quatre sièges de bar. Elle avait repeint les murs d'un ton beige très doux, qui laissait à la pièce son côté ancien, et l'art contemporain était représenté par les meubles rouges vifs. J'aimais ce qu'elle avait fait ici.
J'humais alors les fragrances de la maison. Les bouquets de fleurs embaumaient toute la surface, qui donnait à la demeure son côté accueillant. Grand-mère adorait remplir la maison de fleur, surtout de lys blanc, qui semblait avoir une grande signification pour elle. Il me semble que le bouquet de fleurs que Grand-père lui offrit le jour de leur fiançailles était remplit de lys. Jolie hommage à sa mémoire.
Je me retournai alors que les pas de Lily disparaissaient dans les hauteurs de la maison. Je la suivis donc, pensant qu'il était temps de rendre visite aux jeunes années de nos parents, et à ce qui allait devenir notre antre.
Alors que Lily refermait la porte de la chambre de son père, je m'approchai doucement de l'ancienne chambre de ma mère. Juste en face de celle d'Oncle James. A l'intérieur, rien n'avait bougé depuis notre dernière visite. La lumière qui entrait par la fenêtre en face de moi était telle, qu'elle possédait entièrement la chambre, faisant ressortir de ce fait le beige des murs. Le bureau qui se tenait sous l'ouverture, avait toujours cette couleur de bois clair. On trouvait encore posé dans un coin les dictionnaires de ma mère, à côté d'une lampe de travail. Combien de fois elle avait du regarder le ciel au lieu de travailler son français ... mon regard se posa ensuite sur le lit de fer blanc, qui se trouvait au centre de la chambre, la tête contre le mur. L'édredon violet recouvrait les draps, sur lequel était posée cette même vieille couverture aux milles couleurs, dans laquelle j'aimais m'emmitoufler pour m'enivrer de la douce odeur de ma mère. La lampe hawaïenne de la table de nuit avait survécu à la poussière, et semblait encore pouvoir danser. Les méandres d'une culture musicale décoraient les murs de la chambre : Micheal Jackson, Depeche Mode, Nina Hagen, Madonna et les Beatles paraissaient ne pas vouloir abandonner la pièce. J'aimais ces artistes. Ils avaient bercé mon enfance. Ils resteraient donc là. Le tapis indien brun et aux dessins rouges n'avait pas bougé d'un pouce, toujours au pied du lit. Je me rappelle une photo de moi bébé, jouant avec les franges de ce tapis, et Grand-père assit près de moi. Je souris à ce doux souvenir.
Je posai alors mes sacs sur mon nouveau lit, et commençai à défaire mes affaires. Toute ma vie avait été enfermée dans ces deux sacs de voyage. Il y avait mes livres, mes films, mes photos. Je caressai chaque cadre du bout des doigts avant de les placer aux endroits stratégiques. Lily, mon père et moi sur ma table de chevet. Maman et Grand-père sur le bureau, à côté de Caleb.
En ouvrant le placard en face du lit, je découvris avec surprise des cartons poussiéreux appartenant à ma mère. N'avait-elle pas tout emmené en partant pour l'Amérique ? Je posai alors mes vêtements par terre, et plongeai dans le passé de ma mère. Tous ces objets lui avaient appartenu alors qu'elle était encore à l'université, selon la date de son dernier journal intime. Je ne savais pas qu'elle en avait tenu un jour. Je ne les ouvris pas pour autant. En tout cas pas pour l'instant. Je ne me sentais pas le courage de lire l'histoire d'une époque où Laureline et Christopher formait encore un tout. D'anciennes cassettes vidéo étaient présentes, ainsi que de vieilles lettres et des peluches. J'avais l'impression de la voir à mon âge. Chose assez bizarre. Je n'avais jamais imaginé ma mère adolescente. Elle était juste ma mère, ma mère frivole et insouciante. Je rangeai ce trésor et fini de placer toutes mes affaires. Malgré mes photos, cette chambre restait encore celle de ma mère. Elle n'était pas moi, mais une partie de moi. Un bout de ma mère, un morceau d'elle que je n'avais jamais connu. Elle avait l'air plein de vie, joyeuse. La rencontre avec Papa lui avait-elle vraiment volé sa jeunesse ? Non, ce ne pouvait être ça. J'en étais convaincu.
oOo

Grand-mère s'afférait alors que je descendais les marches. Lily était introuvable. Toujours dans l'antre de son père. Allait-elle descendre pour le dîner ? Devais-je aller la voir, m'enquérir de son état ?
_Nous devrions la laisser pour l'instant, s'exclama Grand-mère. Elle a besoin de retrouver son père.
_Tu as raison, murmurai-je. Veux-tu de l'aide ?
_Merci ma douce, mais je pense pouvoir m'en sortir ! Si tu ne sais quoi faire, peut-être devrais-tu appeler tes parents ?
_Je vais envoyer un mail à Maman. Tante Adrianna et elle doivent être sorties à cette heure-ci.
_Comme chaque soir, ma chérie !
La dernière réplique de Grand-mère me fit rire. Je vis ses yeux malicieux me regarder un moment avant de se concentrer sur ses pommes de terre. Je pris mon ordinateur portable que j'avais laissé dans l'entré, et l'alluma. Que devais-je écrire ? Tout un roman ou juste quelques nouvelles sans m'étendre ? J'optai pour la deuxième option. Je doutais fortement que ce mail allait leur faire plaisir. Leur rappeler qu'elles avaient des enfants de notre âge ne faisait que leur montrer à quel point elles avaient vieillies. Quelques phrases devraient suffire.

Chère Maman et chère Tante Adrianna,
Nous venons d'arriver chez Grand-mère. Tout ce passe bien ici. Nous sommes heureuses de retrouver cette maison. Les cours commencent la semaine prochaine. Nous vous enverrons de nos nouvelles très bientôt.
Je vous embrasse,
Mie.

# Posté le mercredi 18 mars 2009 17:15

Modifié le mercredi 05 août 2009 21:11